Dimanche 23 octobre 2011 7 23 /10 /Oct /2011 08:16

28/09/11

 Le gouvernement français a confié à une commission baptisée "ENERGIE 2050" l'identification de différents scénarios de production de l'énergie en 2050, en n'écartant pas une sortie du nucléaire. 

Voici ma contribution à cette commission.


1. ENERGIE 2050   STRATEGIE

L’évolution de la production d’énergie doit tenir compte des principaux objectifs suivants :   

. satisfaire les besoins en énergie  de la société                                                         . réduire les émissions de dioxyde de carbone                                                              . satisfaire aux contraintesenvironnementales                                                                 . permettre la continuation future de la fourniture en énergie

La répartition des sources d’énergie en France était en 2007 :

                                                %

pétrole                                   35,5

charbon                                 7,6

gaz naturel                            15,7

nucleaire                               35,0

hydraulique                           1,8

biomasse (bois) et                 4,4                                                                                    et autres renouvelables

 

En 2050, la part du pétrole et du gaz, actuellement de 51%, sera de l’ordre de 15%. Ce qui laisse 40 ans pour remplacer 36% de l’énergie aujourd’hui consommée.

. L’hydraulique ne progressera guère (sites déjà équipés).

. Le charbon devrait rester au niveau actuel : c’est l’énergie la plus polluante, et la difficulté d’exploitation des mines de charbon augmente avec le temps.

. la biomasse. Le développement de celle-ci est limité par la disponibilité des terres arables, alors que la population et ses besoins nutritifs vont augmenter. La voie la plus prometteuse semble être la biomasse cellulosique destinée aux applications à flamme, chauffage principalement, qui consomme près d’un quart de l’énergie actuelle. En France, un objectif de 15 % de l’énergie totale parait déjà ambitieux.

Il resterait donc à produire 60% de l’énergie actuelle … avec deux candidats seulement : le renouvelable et le nucléaire.

Le renouvelable                   

 Il s’agit du photovoltaïque et de l’éolien (la contribution des autres moyens restant marginale). La production cumulée de ces deux énergies dites « fatales » ne pourra excéder 4% du besoin total, sauf si on augmente les turbines à gaz, et leur consommation, ce qui serait contradictoire avec le déclin attendu de cette énergie. Ces moyens sont plus coûteux et contraignants que le nucléaire. Il parait opportun néanmoins de ne pas nous limiter au seul nucléaire, et d’installer une quantité raisonnable de renouvelable (par exemple, ce que le « Grenelle » a prévu).

 

Le nucléaire                                                                                                                Ce moyen est incontournable, et il faut absolument éviter de nous trouver dans la situation de l’Allemagne (avec le facteur aggravant d’une production nucléaire 3 fois plus importante en France qu’en Allemagne).                                                               Il faut préparer l’après EPR, le surgénérateur probablement, mais considérer sérieusement le thermonucléaire.

Une solution pour le transport: l'hydrogène                                                                 Il faut considérer cette option, faisable aujourd’hui, et économiquement très avantageuse pour la France. Le renouvelable deviendrait plus utile, sans sa limitation actuelle de 30% d’énergies fatales, grâce au stockage de l’hydrogène.        

 

                                                                                                 

2. ENERGIE 2050   ANALYSES  ET  PROPOSITIONS

1. Energies éoliennes et photovoltaïques.

1.1 Leur contribution maximum est de 4%                                                                          

En France métropolitaine, l’ensoleillement moyen est de 1900 heures par an, soit 950 heures équivalentes plein soleil, 11% des 8760 heures d’une année (9,5% en Allemagne).

Le facteur de charge de l’éolien a été de 23% en 2008 et 2009, d’après le bilan de RTE (19% en Allemagne)

Au total, ces deux énergies ne peuvent donc fonctionner au maximum que 32% du temps (27% en Allemagne).

La fourniture instantanée de ces énergies  dites « fatales » est limitée par la loi à 30% de la production. La contribution maximum de ces deux moyens est donc de 32% x 30% = 10% de la consommation totale. En Allemagne, malgré des investissements massifs, la production n’a été en 2010 que de 1,9% en photovoltaïque et 5,9% en éolien (soit 7,8% de la consommation totale).

L’énergie électrique représentant 40% de l’énergie totale, la part des énergies éoliennes et photovoltaïques ne peut excéder 10% x 40% = 4% de la consommation énergétique totale de la France.

Note                                                                                                                                                         Sans possibilité de stockage de l’électricité, on ne peut augmenter le taux d’énergie fatale que par deux moyens seulement : les barrages à lac et les turbines à gaz.                                  Cas maximum du Danemark : la production d’électricité d’origine éolienne est de 20% du total, ce qui correspond au facteur de charge moyen de l’éolien de ce pays. Le taux  d’énergies fatales est donc voisin de 100%. Un tel ratio n’est possible que par la disponibilité des barrages à lac de la Norvège, utilisés pour compenser intégralement l’irrégularité de l’éolien danois. Mais ceci n’empêche pas le Danemark de consommer du charbon pour 59% de sa production électrique.

 

1.2  Elles produisent à contretemps

En photovoltaïque, la production est pratiquement nulle à l’heure de la pointe quotidienne (19h). Elle est 5 fois inférieure en décembre par rapport à juin (France métropolitaine).

En éolien, les besoins maximum en énergie électrique surviennent en périodes anticycloniques (froides en hiver, chaudes en été), quand le vent est le plus faible. Voici l’appréciation de RWE (2ème producteur allemand d’électricité), dans son rapport «  Power Generation in Europe – Facts & Trends » décembre 2009 : “Not only is wind volatile, but most of the time it is not there when it is urgently needed

1.3  Elles ne permettront qu’un faible remplacement d’énergies fossiles

Actuellement, les énergies nucléaire et hydraulique fournissent près de 90% du besoin, couvrant la production de « base ». Le solde correspond à la « semi-base », alimentée par le charbon, et la « pointe », alimentée par le gaz. Or les énergies photovoltaïque et éoliennes produisent surtout pendant les périodes de « base », et ne permettent donc qu’un faible remplacement des énergies fossiles.

1.4  Elles ne permettent aucune économie d’investissement

Quand le renouvelable ne produit pas, les autres moyens doivent assurer la production à tout moment, sans délai, ce qui ne permet pas de faire l’économie de ces moyens de production.

1.5  Leur coût marginal est 87 fois supérieur à celui du nucléaire

Une évaluation du coût du renouvelable peut être le prix effectivement payé par la collectivité pour ces énergies. Ce prix inclut le coût complet de production, ainsi que la marge du producteur.

En éolien, la majorité des futures installations sera marine, avec un prix de vente à EDF de 130 €/MWh. En photovoltaïque, le MWh est acheté par EDF en moyenne 350 €. Avec un mix 20% photovoltaïque/80% éolien, le prix d’achat moyen par EDF sera de 174 €/MWh.

On peut estimer un majorant du coût du nucléaire à 40 €/ MWh, qui est le prix de vente actuel imposé à EDF par la loi Nome.

Le remplacement d’un kWh nucléaire par un kWh renouvelable ne permet d’économiser pratiquement que du combustible nucléaire. Le caractère intermittent et imprévisible du renouvelable ne permet pas de faire des économies de personnel dans les centrales nucléaires, ni de supprimer des centrales nucléaires. Le coût du combustible nucléaire est de 5% du prix de revient, soit moins de 2€/ MWh (1/87 ème du coût du renouvelable).

1.­6  Leur surcoût est important

Par rapport au nucléaire, leur surcoût est de :                                                                                    . Grenelle de l’environnement : 4,8 milliards d’euros par an                                                           . Maximum possible d’énergies renouvelables (4% du total de l’énergie) : 10,3 Md€/an

2. Hydrogène

2.1  L’hydrogène est moins dangereux que le GPL … voire que l’essence

 L’hydrogène est certes 3 fois plus énergétique que l’essence, et a un pouvoir explosif plus élevé. Mais il est 15 fois plus léger que l’air, et ses molécules sont les plus petites. Il s’évacue donc rapidement vers la haute atmosphère s’il n’est pas dans un milieu strictement confiné. En pratique, son explosion à l’air libre est pratiquement impossible. Son incendie à l’air libre est bien moins dangereux que celui de l’essence (voir photos d’incendies comparés de voitures à essence et à hydrogène, publiées par « Hydrogène, énergie de demain ? », Omnisciences). L’hydrogène est utilisé en France depuis 1803, date d’inauguration à Paris du premier « bec de gaz », qui utilisait le « gaz de ville », mélange par moitiés de CO et H2 (remplacé par le gaz naturel dans les années 1960).

 

2.2  Le plein d’hydrogène en self-service ne pose pas de problème

C’est ce qu’a montré notamment l’expérimentation pendant 3 ans sur 11 prototypes BMW série 7, dont le plein en hydrogène était fait en self-service à partir d’une station fournie par Total.                                                                                                                                                         Voir aussi l’autoroute de l’hydrogène en Norvège, et au Japon.

 

2.3  Le stockage embarqué de l’hydrogène ne pose pas de problème

Il faut retenir la solution réservoir en fibre de carbone, avec gaz comprimé à 700 bars. Cette technique  a reçu une impulsion décisive après le succès du projet européen StorHy, présenté par le CEA dans les locaux de PSA en juin 2008, et dont l’industrialisation se poursuit (l’objectif étant de faire passer le coût d’un réservoir de 150 litres de 1000 à 300 euros d’ici 2015). Le réservoir utilise une coque en fibre de carbone, et un « liner » en polymère innovant, qui assure l’étanchéité. Elle a satisfait aux trois principaux critères du cahier des charges :
- Durée de vie : 15 000 cycles de remplissage (20-875 bars) sans perte notable de propriétés (norme en vigueur) 
- Etanchéité : taux de fuite au minimum 20 fois inférieur à la valeur demandée par la norme (1cm3/L/h)
- Sécurité : les réservoirs ont démontré leur résistance à des pressions internes supérieures à la pression d’éclatement fixée par la norme (1645 bars, près de 2,5 fois la pression de service).

 Un tel réservoir de 150 litres assurerait une autonomie de 700 km.

 

2.4  Il faut utiliser un moteur à hydrogène à explosion

Et non une Pile à Combustible (« PAC ») à hydrogène. En effet, cette pile reste chère à cause de l’électrolyte à polymère, et surtout du platine indispensable comme catalyseur : si on devait équiper tous les nouveaux véhicules de PAC, il faudrait multiplier par 15 la production mondiale actuelle de platine.

Le rendement énergétique de cette solution thermique serait du même ordre qu’avec le pétrole ou la PAC. BMW affirme qu’en adaptant un moteur diesel (en rajoutant un allumage par étincelle), on obtient un rendement de 42%, meilleur qu’en turbo-diesel, et pas éloigné des 50% de la PAC.

 

2.5  La distribution de l’hydrogène ne pose pas de problème

Deux solutions sont possibles :

(1) Utiliser le réseau GDF. Celui-ci dessert 77% des foyers français. On peut dès maintenant mélanger de l’hydrogène avec du gaz naturel, formant un nouveau gaz baptisé « hythane », qui pourrait un jour être composé de « gaz de ville » obtenu à partir de déchets et de la biomasse cellulosique (réaction de Fischer Tropsch), et d’hydrogène pour le complément. Mais on ne peut injecter dans le réseau existant de l’hydrogène pur, qui corroderait les canalisations métalliques. Il faudrait changer ces tuyaux, une opération qui peut se révéler justifiée à terme, quand le gaz naturel sera devenu rare donc cher.

(2) Générer l’hydrogène par électrolyse sur le site même de distribution de l’hydrogène : garage de particulier, ou station-service. Cette électrolyse ne nécessite que de l’électricité et de l’eau, dont les réseaux existants desservent la totalité du territoire national. Evidemment, cette solution nécessite de construire de nouveaux moyens de production d’électricité, et de renforcer le réseau électrique. Un réseau électrique « intelligent » permettra d’optimiser son utilisation pour le remplissage des stocks d’hydrogène, réduisant les renforcements nécessaires de ce réseau et le nombre de nouvelles centrales nucléaires.

Le seul électrolyseur envisageable est l’électrolyseur bipolaire (l’électrolyseur PEM ayant les mêmes inconvénients que la pile à combustible). Le rendement de ces électrolyseurs est de l’ordre de 70% (General Electric a annoncé un modèle à 77% de rendement).

Les stations-service devront être équipées d’un stockage modulaire en hauteur (pour économiser la surface de stockage au sol) de réservoirs en fibre de carbone, et d’électrolyseurs modulaires également, pour s’adapter à la croissance progressive de la demande. L’alimentation électrique des équipements d’électrolyse devra être en moyenne ou haute tension pour les stations-services, en 230V ou 380V-triphasé pour les particuliers.

 

2.6  L’électricité nécessaire sera fournie par le renouvelable et de nouvelles centrales nucléaires

Le photovoltaïque et l’éolien pourraient assurer en totalité les besoins nouveaux d’électricité, grâce au stockage de l’hydrogène. Mais c’est une solution plus coûteuse que le nucléaire (cependant, pour les îles ensoleillées pour lesquelles un EPR serait surabondant, l’option 100% renouvelable pour la génération de l’hydrogène serait logique). Les besoins en nouveaux EPR seulement (sans renouvelable) pour la France continentale résulteraient du calcul suivant :

. Pétrole pour le transport en 2009 : 47 MTEP

. Énergie remplacement par hydrogène : (47/0,7) x 1,1 = 74 MTEP

. Production actuelle d’électricité nucléaire: 96 MTEP

. Nombre d’EPR  nécessaires pour remplacer le pétrole: 25

 

2.7  L’hydrogène est déjà moins cher que les produits pétroliers, tout en conservant les mêmes taxes

Voici le calcul du coût de l’équivalent hydrogène d’un litre d’essence (vendu actuellement 1,54 €/l):

1 litre essence = 3107 litres H2                                          8,67 kWh

/ 0,7  rendement électrolyse                                             12,39  kWh

X  1,1   compression à 700 bars                                        13,63  kWh

Tarif vert EDF (hors pointe hiver) : 0,042 €/kWh           0,57 €/l

 TVA                                                                                      0,11  €/l

TIPP                                                                                       0,61  €/l

Amortissement station                                                      0,10  €/l

                                                                       Total               1,39  €/l

Par rapport à la voiture électrique, le véhicule à hydrogène permettrait à l’Etat les gains suivants (en supposant une pénétration de 10% du véhicule électrique) :

. La prime à l’achat des véhicules électriques :      1 Md €/an                                                         . La TIPP, qui n’est pas versée par les voitures électriques :      2,5 Md €/an à partir de 2020

 

2.8  Retombées économiques de l’hydrogène

En remplaçant l’achat extérieur du pétrole du transport (55% du pétrole) par une fabrication locale d’hydrogène, on créerait une activité économique supplémentaire. Pour un cours du pétrole de 160$/baril, on peut évaluer un supplément de valeur ajoutée de l’ordre de 50 milliards d’euros par an, le montant de l’impôt sur le revenu.

Il n’est pas douteux que cette solution ferait école dans d’autres pays (il n’y a guère d’autres moyens efficaces de compenser la pénurie de pétrole pour le transport routier et maritime), ce qui permettrait une exportation du savoir-faire et de produits français dans le nucléaire, les véhicules, les électrolyseurs, la distribution d’hydrogène …

3. Nucléaire

3.1  L’effet Fukushima

Les évènements de Fukushima ont contribué à fortement discréditer le nucléaire. Sans nier la dangerosité de cette technique, on peut faire les remarques suivantes :

. l’accident nucléaire a pour origine un évènement exceptionnel, propre au Japon

. les sécurités prévues en cas de séisme ont bien fonctionné malgré une intensité du séisme 4 fois plus forte que la valeur retenue pour le dimensionnement de la centrale. C’est la hauteur de la vague du tsunami qui a dépassé le mur de protection, noyant les groupes électrogènes, qui a causé l’accident

. d’après Anne Lauvergeon, il n’y aurait pas eu de fuite radioactive avec l’EPR

. le tsunami a été une terrible catastrophe, détruisant toute une région, et faisant 30 000 morts. Fukushima doit être classé comme accident grave. Il n’y a pas eu de morts, et l’irradiation a été limitée : pour un taux maximum admissible de 250 mSv par personne, 3 opérateurs ont eu des doses de 170 mSv et 18 de plus de 100 mSv.

. L’autorité de sûreté nucléaire japonaise a été bafouée par l’opérateur TEPCO. En France, la loi garantit son indépendance

. Un tribut est hélas à payer pour bénéficier du progrès technique. Mais il n’est pas pire pour le nucléaire que pour d’autres techniques : l’extraction du charbon fait aujourd’hui en Chine 3 000 morts par an.

 

3.2  La suite de l’EPR

Le nucléaire va probablement s’imposer largement, ce qui génèrera une pénurie              d’uranium. On doit cependant pouvoir compter au moins sur une génération d’EPR, soit 60 ans.

 Le surgénérateur devra prendre la relève. Une technologie plus complexe et risquée que l’EPR.

Une option doit être considérée : le thermonucléaire pour la prochaine génération. Les difficultés principales de cette technique sont:                                                               

. la  stabilité du plasma. L’objectif d’ITER est de 1000 secondes. A ce jour, les performances suivantes ont été atteintes :

  JET (UK)                                  2 secondes                                                                                       Tore Supra (Cadarache)      390 secondes                                                                   

. le bombardement neutronique intense, qui détériore les matériaux, notamment les enroulements supraconducteurs. Le laboratoire de physique des plasmas de Princeton (USA) indique avoir obtenu une bonne protection, avec une double barrière de lithium solide-liquide, qui a comme autre avantage de stabiliser le plasma.

Il serait souhaitable qu’en parallèle d’ITER, la France mène son propre projet. Les grands projets internationaux (comme les projets spatiaux) ont des inconvénients : difficulté de décision, lourdeurs et retards, exigence des pays contributeurs d’un retour proportionnel de tâches… En cas de réussite d’un projet national, l’exportation de cette solution pourrait représenter un revenu, donc une activité, considérable.

 Yves Garipuy

yves.garipuy@freesbee.fr


 

 


 

Par Yves Garipuy
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Mercredi 5 octobre 2011 3 05 /10 /Oct /2011 10:42

Le gouvernement allemand a décidé de sortir du nucléaire. Après Fukushima, les antinucléaires allemands se sont déchaînés, entrainant une majorité mal informée dans une hystérie masochiste. Pourquoi n’entendons-nous jamais les écologistes de tous pays protester contre les 3000 morts par an des mines de charbon chinoises, en « oubliant » de mentionner que Fukushima n’a fait aucun mort, et une irradiation réduite du personnel (pour un taux maximum admissible de 250 mSv par personne, 3 opérateurs ont eu des doses de 170 mSv et 18 de plus de 100 mSv).

Ne pas céder aux pressions populaires

Les ravages Fukushima dans l’opinion allemande ont été tels que la chancelière Angela Merkel a été obligé d’annuler sa récente décision de prolonger les centrales nucléaires existantes en Allemagne, et de décider la sortie définitive du nucléaire au plus tard en 2020, avec arrêt immédiat des 8 centrales les plus anciennes.

Remarquons que notre probable futur président, dans l’état actuel de l’opinion, François Hollande, a indiqué que sa première décision sera d’arrêter notre plus ancienne centrale nucléaire, Fessenheim.
Encore une énorme bêtise de l’incompétence, ou une complaisance à but électoral indigne du poste brigué, car une centrale ancienne mais soigneusement entretenue présente moins de risques de défaillances qu’une nouvelle installation, les éléments les plus fragiles ayant déjà été changés ; en fait le seul jugement valable, et qui a été en faveur de la prolongation de Fessenheim, provient de l’Autorité de Sûreté Nucléaire, dont la compétence et l’indépendance n’ont jamais été mises en cause. Martine Aubry, de son côté, nous promet la sortie du nucléaire.

Cet arrêt immédiat prive la production électrique allemande de 8 422 MW, pour une puissance totale de base de 40 500 MW en été (la puissance de base représente le socle de la demande, qui varie lentement, par opposition à la production de pointe qui est fournie par des turbines à gaz, dont le régime peut varier rapidement).

L’Allemagne devra importer de l’énergie… nucléaire

Les politiciens anti-nucléaires de l’Allemagne se sont bruyamment réjouis du fait que cette diminution de puissance s’est passée sans incident, ce qui prouve à leurs yeux que les réacteurs arrêtés n’étaient pas nécessaires. Mais ce que ces responsables politiques ont feint d’ignorer, c’est que la consommation en hiver est beaucoup plus élevée : 57 000 MW, soit 16 500 de plus qu’en été. Or, en été, l’Allemagne exportait 5 800 MW. Avec la réduction actuelle de 8000 MW, l’Allemagne doit maintenant importer en été 2 700 MW. Il va donc falloir produire l’hiver prochain 25 000 MW supplémentaires, ce qui nécessitera de faire fonctionner à fond les centrales à charbon. Mais il a fallu interrompre cet été les travaux de maintenance de ces centrales, ce qui augmente les risques de panne pour cet hiver.

Le ministère allemand de l’énergie compte sur une importation hivernale d’électricité, principalement d’origine nucléaire provenant de France et de Tchéquie. Cependant, l’hiver dernier la France avait dû importer de l’électricité d’Allemagne (il est vrai que par suite de grèves chez EDF, la production nucléaire avait été réduite). En cas de nouvelle vague de froid cet hiver, la situation sera donc très tendue, à la merci d’une panne qui plongerait l’Allemagne et en partie ses voisins dans le noir.

L’hiver, on ne peut compter de façon sûre sur le renouvelable. Le photovoltaïque produit jusqu’à 10 fois moins qu’en été, et en période de grand froid, qui correspond à un anticyclone, le vent est faible et la production éolienne quasi nulle. Dans son rapport de décembre 2009, RWE (deuxième producteur allemand d’électricité) écrivait "Non seulement le vent est volatile, mais la plupart du temps il est absent quand on en a vraiment besoin".

L’électricité est déjà deux fois plus chère en Allemagne qu’en France

Paradoxalement, en été c’est l’excès de production éolienne qui pose problème. Quand le vent souffle de façon soutenue sur le continent européen, tous les pays producteurs d’éolien cherchent à exporter leur excédent … et doivent finalement se résoudre à arrêter des éoliennes. Le cours de vente de l’électricité à l’export tombe alors en dessous du prix de revient. Autre problème : les variations aléatoires de la production éolienne créent un risque pour la stabilité du réseau. L’Allemagne prévoit, pour contrer ce risque et pouvoir augmenter encore l’éolien, d’implanter massivement des turbines à gaz, lequel est importé de Russie. La sécurité énergétique de l’Allemagne va donc dépendre davantage de Gazprom, dont le président, Alexej Miller a prévu d’augmenter le prix du gaz de 354$ maintenant à 500 $/Mm3 d’ici fin 2011.

L’électricité est déjà deux fois plus chère en Allemagne qu’en France, mais cela va s’aggraver. Alors que le coût du MWh nucléaire en Allemagne est de 5,0 € (2,2€ quand les installations sont amorties), le coût d’achat de l’éolien marin est de 15,0€ et celui du photovoltaïque récent de 24,43€. De plus, la construction des nouvelles installations au charbon et au gaz pour remplacer le nucléaire, ainsi que le renforcement Nord Sud du réseau nécessité par le renouvelable, vont coûter 51 milliards d’euros. Et bien sûr, le taux de CO2 va augmenter.
L’apport du renouvelable reste marginal en Allemagne, malgré des installations massives : en 2010, l’éolien n’a produit que 5,9% du total, et le photovoltaïque 1,9 %. Cette situation calamiteuse n’échappe pas à la critique des allemands informés. C’est ainsi qu’un collectif d’ingénieurs, physiciens et journalistes a publié une étude sur le sujet, traduite par l’association 
"Sauvons le Climat" (http://www.sauvonsleclimat.org/images/articles/pdf_files/treizecontes-version%20finale.pdf ), dont voici la conclusion désespérée :

"Cependant, la politique allemande de la peur est désormais une réalité. Il n'y a pas d'élément permettant l'espoir d'un retour à une politique raisonnable pour plusieurs années. Seule la survenue de dégâts massifs qui commenceraient à avoir des répercussions politiques pourrait amener un retour à la raison, mais probablement pas à l'intérieur des partis actuellement représentés au parlement.
C'est un fait unique dans l'histoire qu'un pays à la pointe de l'industrie se ruine économiquement par une peur sans fondements réels. L'auteur n'a même pas l'espoir d'arrêter en quoi que ce soit ce processus en écrivant ces lignes; ce serait éloigné de la réalité. Mais il fallait tout simplement écrire ceci, pour que ce soit lu par quelqu'un. En fait, ce n'est pas un article, c'est une nécrologie.   
Sankt Augustin, le 19 juillet 2011."

La France ne doit pas suivre cette voie
Puisse la France (dont le nucléaire est 3 fois plus important qu’en Allemagne) ne pas se retrouver dans cette situation. Peut-être, cher lecteur, voudrez-vous agir pour prévenir un abandon du nucléaire en France, en envoyant cet article à vos amis et connaissances, et leur demandant d’en faire autant.

 

Par Yves Garipuy - Publié dans : Energie
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Jeudi 5 mai 2011 4 05 /05 /Mai /2011 09:47

 

5 mai 2011

Dans la centrale de Fukushima, la situation perd progressivement de son acuité, et dans les médias, le soufflé retombe un peu aussi. On peut comprendre l’émotion qu’a provoquée cet évènement, qui tient beaucoup au caractère insidieux de la radioactivité, que nos sens ne perçoivent pas, mais qui en détériorant l’ADN de nos cellules, peuvent provoquer le cancer (pour une absorption supérieure à 100 mSv).

Il nous reste encore à évaluer cet épisode de façon objective, en ayant en tête cette question : le nucléaire est-il viable dans nos sociétés ? Remarquons d’abord la disproportion des réactions face, d’un côté à l’horreur du tsunami, qui a broyé toute une région en faisant 30 000 morts, que l’on peut baptiser de catastrophe majeure, et de l’autre Fukushima, que l’on doit plutôt appeler un accident grave, qui n’a fait aucun mort, et une irradiation faible d’opérateurs (pour un taux maximum admissible de 250 mSv par personne, 3 personnes ont eu des doses de 170 mSv et 18 de plus de 100 mSv).

 

Les dispositifs de sécurité ont fonctionné parfaitement

 

L’accident de Tchernobyl avait été beaucoup plus grave : un réacteur avait explosé en plein fonctionnement, et étant dépourvu d’enceinte de confinement, une quantité de matière radioactive équivalente à 10 fois celle de Fukushima avait été dispersée dans la nature.

A Fukushima, le plus fort séisme qu’ait connu le Japon (et qui était quatre fois plus puissant que celui avec lequel on avait dimensionné la centrale) n’a pas empêché les dispositifs de sécurité de fonctionner parfaitement.

Dès le séisme détecté par les accéléromètres, les barres de carbure de bore ont été insérées entre les barres de combustibles, stoppant immédiatement la réaction en chaîne de la fission atomique. Le cœur a été isolé automatiquement, et son refroidissement mis en route. Celui-ci est opéré par des pompes à eau électriques. Certes, le séisme a fait disjoncter le réseau électrique, mais, conformément à la procédure, des groupes électrogènes ont automatiquement démarré.

Tout allait bien donc, jusqu’à l’arrivée de cette horrible vague géante (10 mètres de haut, alors que la centrale n’était surélevée que de 6 mètres). Les groupes électrogènes, qui sont au niveau du sol, ont été noyés et se sont arrêtés l’un après l’autre. Et les ennuis commencèrent. L’eau de refroidissement qui ne circule plus chauffe puis se vaporise, créant une surpression qui est probablement la cause d’une fissuration des enceintes de confinement, à l’origine de fuites radioactives. Il y a bien un système de refroidissement de secours, dont les pompes fonctionnent avec la vapeur générée par le réchauffement du cœur, mais qui nécessite qu’une vanne électrique soit ouverte, et les batteries qui l’alimentent en secours ont une autonomie limitée… le réchauffement reprend, avec des conséquences graves : l’eau se décompose en oxygène et hydrogène, ce dernier gaz, très léger, s’accumulant au sommet du bâtiment, et finissant par exploser en soufflant le toit.

 

Seule la maximisation de la production comptait

 

La cheminée à pompe électrique qui aurait dû évacuer l’hydrogène n’a elle non plus pas pu fonctionner. Pour éviter l’explosion des enceintes de confinement, on doit relâcher dans l’atmosphère des bouffées de vapeur radioactive. Une pollution extérieure s’est donc produite, nécessitant l’évacuation d’une zone limitrophe de la centrale. On craint aussi une fusion du cœur, qui a dû se produire partiellement.

Le simple énoncé de ces évènements semble indiquer que des solutions palliatives devraient être possibles, telle que, par exemple, l’installation en hauteur des groupes électrogènes (on pourrait aussi faire une installation étanche, comme dans les sous-marins). On peut penser aussi que l’EPR français aurait mieux réagi (Anne Lauvergeon a affirmé qu’avec l’EPR, aucun rejet extérieur de radioactivité n’aurait été possible). Ce qui est certain, c’est que cet accident va permettre d’améliorer dans le monde entier la sécurité de ces installations.

Au titre des dysfonctionnements, il faut mentionner l’attitude du propriétaire des centrales, TEPCO (Tokyo Power Company), qui exploite au Japon 17 réacteurs nucléaires. L’exploitant a systématiquement dissimulé les anomalies rencontrées depuis l’installation des réacteurs, et même falsifié les rapports d’inspection. Seule la maximisation de la production comptait. L’autorité de sûreté nucléaire japonaise a été bafouée. Ce scandale a éclaté au grand jour au Japon, qui envisage de nationaliser TEPCO.

 

Le lot commun de toute industrie

 

Sur ce plan, on peut dire que la situation française est plus satisfaisante. L’autorité de sûreté nucléaire est réellement indépendante (son président ne peut être démis de ses fonctions, de par la loi), et peut arrêter à tout moment toute installation. Sa compétence est reconnue dans le monde entier (y compris au Japon). La transparence sur le moindre incident est totale.

Quelles conclusions tirer de cet évènement ? On peut se dire légitimement que le risque zéro n’existera jamais, qu’un accident grave restera possible (même si l’on fait fortement chuter sa probabilité), avec toute l’angoisse attachée à l’aspect particulier du danger nucléaire. Mais c’est le lot commun de l’industrie. Un tribut est hélas à payer pour bénéficier du progrès technique. Mais il n’est pas pire pour le nucléaire que pour d’autres techniques : n’oublions pas que l’extraction du charbon fait aujourd’hui en Chine 3 à 5000 morts par an. Ce qui doit nous inciter à nous battre toujours pour améliorer la sécurité. Sans nous laisser comme seule alternative le retour à un stade très archaïque de la société. 

Par Yves Garipuy - Publié dans : Energie
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Vendredi 5 novembre 2010 5 05 /11 /Nov /2010 18:13

 

CHAPITRE VIII         

    

Après  avoir semblé s’assoupir à 75 $ le baril, voici  que le cours du brut est reparti à la hausse début octobre 2010. Son cours a dépassé 87 $ le 5 novembre, un plus haut depuis octobre 2008.

Je ne suis pas de ceux qui pensent que les variations du cours de pétrole ne sont explicables que par la spéculation ou des facteurs psychologiques. Les transactions se font sur le marché de New York, qui n’est qu’une vente aux enchères d’un bien matériel. Si le cours monte, c’est que la demande dépasse l’offre. La spéculation sur le pétrole existe sur le marché à terme (« Futures »), qui influence très peu le marché des transactions physiques (« Spot ») où le cours s’établit. La faiblesse relative des capacités de stockage du pétrole (le plus gros stockage est aux Etats Unis, avec 360 millions de barils, soit 4,5 jours de consommation mondiale) explique cette impuissance de la spéculation sur les transactions physiques.

A titre anecdotique, signalons une situation révélatrice : il y a actuellement en attente dans le monde de nombreux tankers et barges remplis de pétrole brut (par exemple l’entreprise pétrolière américaine Conoco Phillips n’hésite pas à payer  41000 $ par jour un super-tanker de stockage dans le golfe du Mexique de 3 millions de barils), en attente d’une hausse prévue en 2011. Cette veillée d’armes ne dit rien de bon pour l’évolution du cours.

 

Les péripéties récentes de ce cours peuvent s’expliquer ainsi:

. en mai 2008, pic imprévu à 147$. Explication de l’IFP (Institut Français du Pétrole) et du FMI : offre insuffisante par rapport à la demande, ne résultant pas de la spéculation.

. puis c’est l’effondrement, et en novembre 2008, le cours n’est plus que de 34$. Pas d’explication officielle, en dehors de cette fameuse « volatilité » du cours. Pourtant il y a une raison probable: l’Arabie Saoudite avait déclaré avant cette crise qu’un certain nombre de ses forages productifs n’avaient pas été équipés, pour éviter une surproduction. Il faut 3 mois pour équiper ces puits; donc, se rendant compte de son imprévoyance, l’ARAMCO (Arabie Saoudite) a procédé en hâte à la mise en service de ces puits … ce qui a créé en final une surproduction, et l’effondrement du cours. On a eu la preuve indirecte d’un apport de pétrole sur le marché par l’augmentation des volumes de transactions à partir d'août 2008. Il faut aussi noter que la demande de pétrole est peu élastique: ce n’est pas parce que le prix baisse qu’on achète un pétrole dont on n’a pas besoin et qu’on ne sait pas stocker, et réciproquement on est prêt à payer beaucoup plus si on en a besoin. Cette inélasticité amplifie les variations de cours en cas de déséquilibre entre offre  et demande.

. en janvier 2009, l’OPEP (en fait l’Arabie Saoudite) opère une réduction volontaire de production de 4 millions de barils/jour pour faire remonter les prix. Le cours monte ensuite progressivement (traduisant une baisse de la production, la consommation continuant à décliner au premier trimestre 2009), et lorsqu’il dépasse les 80$, en juin 2009, l’OPEP injecte sur le marché une partie de sa réserve pour l’empêcher de monter davantage, avec succès dans un premier temps.

. en novembre 2009, audition de Christophe de Margerie, patron de Total, par la commission des finances de l’Assemblée Nationale (http://www.youtube.com/watch? v=vJ0sVIICY-I). Il déclare qu’en dépit des apparences de pétrole facile, les producteurs produisent à fond, et qu’heureusement l’Arabie Saoudite a une réserve de 2 Mb/j pour faire face à des aléas (en fait c’est le reliquat de la retenue de 4 Mb/j).

. en mai 2010 le cours est à 85$, dépassant le plafond fixé à 80$ par l’OPEP, qui remet sur le marché les 2 Mb/j qu’elle gardait encore. Le cours baisse à 64$.

. fin octobre 2010, le cours est remonté aux 85$ antérieurs. Les 2Mb/j ont été consommés en six mois, ce qui correspond à la compensation d’une baisse de production de 5,4% par an (l’AIE, Association Internationale pour l’Energie, organe de l’OCDE, avait calculé que la baisse de la production mondiale était de 6,7% par an).

 

Rappelons également cette déclaration du patron de l’ARAMCO, Khalid al Falih, lors de la réunion du CERA (le gotha du pétrole !) à Houston en mars 2010, disant qu’il est urgent de trouver de nouvelles ressources pétrolières, sous peine d’une insuffisance de production mondiale en 2015 de 30 à 45 millions de barils par jour (soit 38 à 55% de la production totale).

 

Il y a de quoi être légitimement inquiet. Régulièrement, de nouveaux puits sont mis en service, mais leur production excèdera-t-elle la baisse actuelle? Rien ne l’indique (les réserves découvertes annuellement ces dernières années représentent 1/6 ème seulement de la consommation par an). L’hypothèse la plus vraisemblable est qu’un nouveau choc pétrolier se développe actuellement. Et si par chance il devait y avoir un répit, celui-ci ne pourrait durer longtemps. Par définition, cette diminution de production actuelle signifie que le « peak oil » mondial (pic de production de pétrole) est dépassé, avec pour conséquence une diminution inexorable de la production désormais.

 

Conséquences économiques

Les conséquences d’une pénurie de pétrole persistante et croissante seront probablement dévastatrices. La sensibilité de l’économie au prix du pétrole a certes diminué depuis le choc de 1972. Mais ce ne sera pas suffisant.

Les théories de l’économiste canadien Jeff Rubin méritent d’être signalées. Pour lui, c’est la hausse du brut qui avait été la cause première de la crise que nous venons de vivre. Cette hausse avait  provoqué mécaniquement une hausse des coûts de transport (l’impact d’une hausse du brut aux Etats Unis affecte directement le coût des carburants, qui ne sont pas taxés comme en Europe). Ceci provoqua une inflation qui a fait monter les taux d’intérêt, qui étaient faibles au départ.  Les contrats « subprime » étant à taux variable, les primes de remboursement ont augmenté, ce qui a provoqué la défaillance de nombreux emprunteurs. La crise financière avait ensuite évolué en crise économique,  causée par la baisse de l’activité étranglée par la raréfaction du crédit, la baisse des investissements et de la consommation, ce qui a amorcé une spirale déflationniste qui s’auto-entretient en s’amplifiant. On ne peut casser ce processus que par des injections massives de fonds de relance par les Etats.

Rubin avait correctement prévu le pic de 2008, et pronostiquait un cours du pétrole de 100$ en 2010 et 225$ en 2012, ainsi qu’à plus long terme une relocalisation de la production résultant de la  hausse des coûts de transport.

 

Remarquons que nous ne sommes plus dans le contexte des années 60 et 70 où une inflation des coûts entraînait facilement une hausse des salaires. Actuellement, son seul effet serait de réduire le pouvoir d’achat, se traduisant par une baisse de la consommation, donc de l’activité économique. Facteur aggravant : si le vœu de Khalid Al Falih n’est pas exaucé (augmentation massive de la production d’or noir), le cours du pétrole risque d’atteindre des niveaux insensés, générant cette fois une forte baisse de l’activité. Et les taux d’intérêt qui sont très bas actuellement remonteront, générant une nouvelle crise de « subprimes » (les actifs « toxiques » sont loin d’être tous purgés), et un ralentissement de la construction et de

 l’achat de logements (la bulle spéculative actuelle de l’immobilier risque d’éclater). Comme en 2008, l’industrie automobile sera affectée, alors que l’on sait que sa capacité de réagir à des pertes qui grossissent très vite  est limitée. Faute d’un financement massif des Etats, comme en 2008, l’automobile pourrait être en cessation de paiement, alors qu’elle conditionne l’emploi en France de 3 millions de personnes. Or les capacités d’un tel financement par l’emprunt ont déjà été utilisées, les Etats sont fortement endettés, et il est question partout de réduire le déficit des Etats, et non de les augmenter. L’Etat lui-même pourrait être en difficulté, dans l’incapacité de payer à taux plein les retraites et prestations sociales. Le scénario de 1929 pourrait se reproduire, qui a vu des faillites en chaîne, et l’augmentation du chômage jusqu’à 25% de la population active aux Etats Unis. Il aura fallu attendre le « new deal » de Roosevelt pour que l’Etat américain se décide à effectuer la relance préconisée par Keynes, consistant en une augmentation massive des dépenses de l’Etat. Les dépenses de la guerre ont parachevé le rétablissement de l’emploi, qui n’a retrouvé son niveau de 1929 qu’en 1943.

Une mention particulière doit être faite de l’agriculture, dont les coûts dépendent à 45% du pétrole. Déjà, 2008 avait vu une forte hausse des prix agricoles. C’est un facteur important de baisse du pouvoir d’achat. Et les conséquences risquent d’être terribles pour les pays émergents très peuplés, avec une « révolution verte »  à rebours, alors que les populations de ces pays ont beaucoup augmentées depuis.

 

Un tableau catastrophiste ? En tous cas, une menace qui exige une réaction à la hauteur du danger. On a bien appelé l’époque moderne « l’ère du pétrole ». L’époque « post moderne » aurait-elle commencé ?

 

Par Yves Garipuy - Publié dans : Energie - Communauté : Economie et société
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Lundi 2 août 2010 1 02 /08 /Août /2010 11:28

 

CHAPITRE VII         

 

La loi Nome devrait être appliquée au 01/01/2011.
 Cette loi impose à EDF de vendre, à ses concurrents directs, 25% de son  électricité nucléaire, la moins chère,  tout juste au dessus du prix coûtant, mais bien en-dessous du prix du marché. Les concurrents d’EDF vont donc profiter des investissements judicieux de l’entreprise nationale,  lui permettant aujourd’hui de bénéficier d’un prix de revient très bas. Le gouvernement français s’apprête à faire un généreux cadeau sans contrepartie aux concurrents d’EDF, de plusieurs milliards d’euros par an. Pourtant, il y avait sûrement un moyen d’éviter ce lamentable gâchis (par exemple, pour compenser la hausse du prix de l’électricité qui va à 85% dans la poche de l’Etat, on aurait pu dégrever partiellement les charges sociales des entreprises, ce qui favorise l’emploi, et donner un crédit d’impôt aux familles les moins aisées ayant le plus d’enfants, donc consommant plus d’électricité que les familles réduites).

Marcel Boiteux, ancien PDG d’EDF nous explique tout :

 « Emportés par le courant des idées, les français ont mis fin au monopole  d'EDF et ouvert l'électricité aux disciplines du marché. La pression de la concurrence devait améliorer la gestion, dynamiser les équipes, et faire  baisser les prix du courant. Une dizaine d'années après, telle la poule qui a couvé un canard, la France ébahie se dépêtre dans les paradoxes. Le problème n'est plus de faire baisser les prix, mais d'accepter ou non de les laisser monter pour s'aligner sur ceux du marché libre : on avait ouvert l'électricité à la concurrence pour faire baisser les prix, et il faudrait aujourd'hui les élever pour permettre la concurrence ! Que s'est-il donc passé ?

Rien que de très prévisible. En caricaturant un peu, on peut dire qu'autrefois, chacun vivant dans ses frontières, la France était souvent « marginale nucléaire », avec des prix bas ? Et l'Allemagne jamais. On  ouvre les frontières et le marché s'organise à l'échelle de l'Europe occidentale : pour leur plus grand profit, les centrales nucléaires françaises sont alors toutes sollicitées pour se substituer aux centrales à charbon les plus coûteuses des autres pays ; de ce fait, le système s'avère presque toujours marginal charbon, tandis que les centrales nucléaires françaises marchent à plein : les prix du marché s'élèvent donc au niveau des coûts de combustible des centrales à charbon allemandes. Et le marché européen s'installe dans ce nouvel équilibre, qui impliquerait pour la France des prix beaucoup plus élevés pendant la plus grande partie de l'année. EDF encaisserait alors une rente, la « rente nucléaire », qui est à la mesure de son mérite d'avoir su en temps utile opter avec succès pour le nucléaire.

 Le contribuable n'a  rien à réclamer, et le consommateur non plus

 Stupéfaction, indignation ... Pas question de laisser les prix français augmenter pour s'aligner sur le marché ! D'autant, disent quelques  censeurs désinformés, que c'est le contribuable qui a payé le nucléaire  français : il est normal que les consommateurs en bénéficient enfin  aujourd'hui, quitte à extraire les prix français du jeu naturel des  marchés européens quoi qu'on en pense à Bruxelles.

 Le contribuable ? Comment peut-on proférer de pareilles énormités ?

 EDF est une entreprise, et non un département de l'Etat, avec ses responsabilités et ses comptes, qui sont des responsabilités et des comptes d'entreprise. Or le nucléaire d'EDF a été entièrement financé par emprunt ou autofinancement, sans le moindre apport du contribuable. Même la « francisation » du brevet de Westinghouse a été payée au CEA par EDF (et par Framatome). Mieux, jamais le contribuable n'a mis un sou dans l'entreprise. Quitte à s'attirer l'admiration des grands groupes privés qui ont fait appel de temps à autre à leurs actionnaires, EDF présente cette caractéristique très particulière de n'avoir jamais reçu un sou de l'Etat, son actionnaire unique : à partir du noyau initial, nationalisé en 1946 et généreusement indemnisé par le « 1 % actionnaires » prélevé sur les recettes pendant trente ans, la valeur en bourse d'EDF est de l'ordre de la centaine de milliards sans que son actionnaire unique y ait investi le moindre argent . Et ce ? hors certains très gros contrats qui sont des cas d'espèce ? Avec des tarifs dont le niveau (hors taxe) était parmi les moins élevés d'Europe.

Le contribuable n'a donc rien à réclamer, et le consommateur non plus. Seul le propriétaire ? l'Etat en l'occurrence ? a tous les droits si ses actionnaires (les électeurs) les lui confirment ... et si Bruxelles ferme les yeux.

 Cela étant, que ferait-on si les décideurs français, ayant opté pour le marché, en respectaient les règles ? Libéré de la responsabilité  impopulaire de fixer les tarifs de l'électricité, le Gouvernement observerait la montée des prix du courant sur le marché européen, comme il observe celle du prix des betteraves ou du gigot de mouton. Et aux Français mécontents qui l'interpelleraient, il répondrait que ce sont eux  qui ont voulu, par la voie de leur Parlement, que ce soit dorénavant les disciplines de la concurrence et du marché qui président à la gestion du secteur électrique, et non plus, comme autrefois, l'Etat, actionnaire unique de la vieille EDF. Il ajouterait que, certes, la nouvelle EDF va faire de très copieux bénéfices grâce à la rente nucléaire que lui a léguée l'ancienne, mais que c'est à lui, l'Etat, que cette rente appartient (à 85 %) en tant que propriétaire de l'entreprise. Il  ajouterait qu'il est décidé, avec l'accord du Parlement, à faire bon usage de cette rente : elle pourrait être solennellement affectée à boucher le trou de la sécurité sociale, ou à abonder le fonds de sauvetage des retraites, ou encore à financer des campus universitaires enfin dignes du  génie français.

 Eh bien non ! La solution envisagée est de refuser le jeu du marché, d'ordonner à EDF de subventionner ses concurrents en leur affectant un morceau de son parc nucléaire ? Extraordinaire aubaine à laquelle ils n'osaient réellement prétendre ? Et de fixer autoritairement les prix de l'électricité à un niveau assez bas pour que la rente nucléaire disparaisse : au lieu de l'affecter à la sécurité sociale ou aux campus universitaires, l'idée est, en bloquant les prix, de répartir cette rente entre les consommateurs d'électricité au prorata de leur consommation, grâce au maintien des prix français de l'électricité à un niveau artificiellement bas.

 Que ferions-nous, géniaux français, si nous étions encore plus intelligents ? »

 Marcel Boiteux

 

 

Par Yves Garipuy - Publié dans : Energie - Communauté : Economie et société
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